Color Scheme

Joan Larroumec: On dit souvent que...

On dit souvent que « les Français sont nuls en langues étrangères » comme si c’était un défaut, alors que c’est en réalité bien évidemment un reste de la grandeur passée française, au même titre que le château de Versailles ou la bombe nucléaire. Non seulement parce que lorsque son pays dispose d’une langue largement parlée hors de ses frontières et d’une production nationale intellectuelle et culturelle riche, l’usage des langues étrangères est un hobby d’élite, pas une nécessité de masse, mais aussi parce qu’avoir une population directement branchée sur une langue étrangère affaiblit très fortement la souveraineté cognitive d’un pays. Qu’est-ce que la souveraineté cognitive ? C’est le fait pour un pays d’avoir une élite et un peuple dont les idées, la culture et l’idéologie sont alignées sur les intérêts de leur propre nation et non d’une nation étrangère. Quand un peuple est totalement anglophone, il vit en grande partie sous le régime idéologique américain et confond ses intérêts avec ceux de son suzerain. Ses élites vont se former à l’étranger, lisent les journaux étrangers, et finissent par adopter une vision du monde de plus en plus alignée avec l’hégémonie du moment. L’effondrement de la souveraineté cognitive européenne n’est bien sûr pas un hasard. Ce n’est pas pour rien qu’une des toutes premières mesures des Américains lorsqu’ils mettent le pied en Europe est d’imposer les accord Blum-Byrnes qui échange la liquidation de 2 milliards de dollars de dette française contre l’invasion du cinéma américain sur nos écrans. Ainsi, à une époque où la géopolitique remet la question de la souveraineté au cœur des débats, la France devrait commencer à suivre certains indicateurs et mettre en place des mesures pour les optimiser : Pourcentage de son élite qui fait ses études en France plutôt qu’à l’étranger. Pourcentage de journaux, intellectuels, essayistes, influenceurs nationaux parmi les sources principales des élites. Pourcentage de films, livres, séries, jeux vidéos nationaux dans les consommations nationales. Pourcentage de concepts directement en anglais qui apparaissent dans le débat public. Pourcentage de mouvements culturels américains qui se transcrivent directement dans la culture française. Temps moyen de transmission d’un mouvement culturel des États-Unis vers la France. Etc. Etc. Tout cela est aujourd’hui essentiellement encore un impensé.
Joan Larroumec: On dit souvent que...
https://x.com/larroumecj/status/2074401601347821827

Joan Larroumec: Pourquoi l’Italie n’est pas un modèle...

Pourquoi l’Italie n’est pas un modèle. Le tribalisme politique étant ce qu’il est, on a tendance à juger la politique économique de Meloni en fonction non pas de ses résultats mais de si on voudrait restreindre l’immigration en France. C’est complètement débile, mais c’est comme ça que fonctionne l’esprit humain. En ce moment grosse vague autour de la baisse du chômage en Italie. Cependant le niveau de chômage est un indicateur assez peu représentatif de la santé d’une économie car il n’indique que le pourcentage de gens qui aimeraient travailler et qui ne trouvent pas d’emploi. ⁃ Donc si les gens partent à la retraite en masse, le pays n’est pas plus riche, mais le chômage baisse. Chaque année quand une cohorte de boomers italiens part à la retraite, la cohorte de jeunes qui arrive sur le marché de l’emploi est plus petite d’un tiers. ⁃ Donc si les jeunes se barrent du pays pour aller chercher fortune ailleurs, le pays n’est pas plus riche, mais le chômage baisse. L’Italie a perdu 590k personnes au solde de ses flux d’expatriation sur les 10 dernières années, surtout des jeunes, dont beaucoup de diplômés. ⁃ Donc si les gens sont découragés et cessent de chercher un travail, le pays n’est pas plus riche, mais le chômage baisse. Le nombre de jeunes Italiens inactifs a crû de 4,4% l’année dernière. ⁃ Donc si l’on détruit 5 emplois bien payés et qualifiés pour créer 7 emplois précaires sous-payés, le pays n’est pas plus riche, mais le chômage baisse. En Italie l’année dernière : +195 000 indépendants, +71 000 CDD, recul des CDI. Depuis 2000, le PIB par emploi occupé a baissé de 6%. Donc sans surprise, malgré un chômage en baisse, cette année l’Italie va sans doute faire du surplace en termes de PIB, malgré 200 milliards injectés par l’Europe en fonds Covid (plus gros bénéficiaire). Sur les 20 dernières années, l’Italie est une nation qui a fait du surplace économique (+1,9% de PIB), là où la France a fait +20%. Alors c’est quoi concrètement le fameux modèle italien de Meloni ? Meloni a en gros fait 2 choses : ⁃ elle a réduit le déficit du pays qui est passé de 7 à 3 points en faisant essentiellement une seule mesure : éteindre le superbonus, leur équivalent de maprimerenov en version crédit d’impôt cessible, qui avait -surprise surprise- ouvert la porte à toutes les corruptions et gabegies jusqu’à représenter plusieurs points de PIB. ⁃ Elle a stimulé l’offre de travail peu qualifiée en supprimant le revenu minimum et en baissant les charges sur les bas salaires. Nous pouvons nous inspirer de l’Italie pour le premier point et il est en effet urgent de mettre fin à la gabegie de ma prime rénove. Pour le second point c’est déjà ce que fait la France, et les mêmes causes produisant les mêmes effets, le pays se smicardise. Il n’y a donc pas particulièrement de modèle italien à suivre. Peu importe par ailleurs ce que l’on pense de la politique migratoire de Meloni. Ce que la France devrait faire, ce que l’Italie devrait faire, c’est la seule chose qui compte en économie : créer des emplois très productifs qui créent beaucoup de richesse. Et pour cela faire monter en gamme l’économie. Et pour cela se positionner sur les frontières technologiques, créer des environnements réglementaires, infrastructurels, sociaux, fiscaux, favorables à l’IA, la robotique, la biotech, le spatial. Attirer les talents. Mieux former la population. Construire des sources d’énergies abondantes et pas chères. C’est toujours la même recette, si simple sur le papier, si compliquée à faire appliquer. Tout le reste, c’est plus ou moins répartir la misère en serrant les fesses pendant que le pays coule.

Joan Larroumec: Mistral et les ennemis de l’intérieur...

Mistral et les ennemis de l’intérieur. Mistral compte de nombreux ennemis de l’extérieur. Des entités et pays étrangers qui souhaitent voir Mistral échouer car ils sont en concurrence commerciale directe avec elle, ou en concurrence géopolitique avec la France. Attendu et banal. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que Mistral compte un très grand nombre d’ennemis de l’intérieur.

Les frustrés et envieux, entrepreneurs ratés, cadres de grands groupes de la vieille économie, experts auto-proclamés divers, dont je sous-estimais le nombre et qui veulent voir Mistral se crasher pour pouvoir préserver leur égo. Tous ceux qui défendent depuis toujours l’idée que la France ne peut produire de géants, que tout se joue à l’échelle européenne et qui ne veulent pas voir leurs thèses démenties.
Ceux qui sont convaincus qu’il faut un géant européen et pour qui Mistral absorbe les ressources et espoirs français et qui veulent donc la démanteler pour poursuivre des rêves d’Airbus de l’IA. Ceux qui ne croient plus du tout en la France et qui pensent que quoi qu’il arrive Mistral de par sa francité est vouée à l’échec. Les pusillanimes qui pensent que pousser un peu trop Mistral, c’est prendre le risque de se brouiller avec les États-Unis. Ceux qui assimilent Mistral à Macron et vouent aux deux une même haine. Tous ceux pour qui tout pari technologique est un techno-solutionnisme qui nous éloigne des vrais enjeux de la révolution socialiste et écologique. Et ces profils sont partout, dans toutes les sphères publiques et privées, dans tous les camps politiques, à tous les niveaux. Mistral est un cas emblématique, une ligne de fracture. Pour être pro-Mistral, il faut être pro-France, pro-tech, avoir un peu de foi dans le futur.
Des critères minimaux qui sont de facto rempli par seulement une petite minorité.