Victor Ferry: Antoine Labruyère a 25 ans...
Antoine Labruyère a 25 ans.
Sur LCP, il explique qu'il ne peut pas se permettre de partir en vacances, que le coût de la vie et ses contraintes budgétaires l'en empêchent, et qu'il s'était habitué, enfant, à ces départs estivaux grâce aux dispositifs sociaux dont bénéficiaient ses parents.
Le témoignage est sincère, et il n'y a aucune raison de mettre en doute la détresse réelle qu'il exprime. C'est justement pour cela qu'il faut le prendre au sérieux, et pas seulement le compatir.
Ce jeune homme vit aujourd'hui entièrement de la solidarité nationale. Son revenu, ses allocations, viennent de l'État. Et malgré ce filet censé le protéger, il ne s'en sort pas, ou si mal qu'il ne peut même plus s'offrir une semaine de repos.
C'est là que se loge le vrai malentendu sur l'aide sociale en France.
On croit qu'elle aide. En réalité, dans beaucoup de cas, elle maintient. Elle donne de quoi survivre, rarement de quoi vivre, et jamais de quoi progresser.
Un chèque mensuel n'a jamais permis à personne de se projeter, de se former, d'accéder à un logement stable ou de reconstruire une trajectoire professionnelle. Il stabilise une situation de précarité, il ne la résout pas.
Le paradoxe va plus loin.
Ces dispositifs, aussi généreux soient ils sur le papier, rendent souvent plus difficile le retour à l'emploi qu'ils sont censés accompagner.
Ils créent des seuils, des effets de bord, où reprendre un travail mal payé peut parfois faire perdre plus en aides qu'on ne gagne en salaire. Le résultat, des centaines de milliers de Français comme Antoine Labruyère, installés dans une gestion de crise permanente, sans issue visible.
Et cette architecture sociale, aussi bien intentionnée soit elle à l'origine, pèse aussi sur ceux qui pourraient offrir ce travail.
Chaque dispositif se finance par des charges, des cotisations, une fiscalité qui rend plus coûteux et plus risqué d'embaucher, de créer une entreprise, de générer de l'activité.
On a construit un système qui, en voulant protéger les plus fragiles, finit par freiner la création même des emplois qui pourraient les en sortir durablement.
Ce n'est la faute d'aucun individu pris isolément, ni d'Antoine Labruyère, ni des Français qui dépendent aujourd'hui de ces filets.
C'est un drame structurel français, celui d'un modèle qui distribue beaucoup, protège mal, et empêche, sans le vouloir, la prospérité qui permettrait justement à des gens comme lui de retrouver un vrai chemin vers le travail, et vers des vacances qu'ils n'auraient plus besoin de demander à l'État.
https://x.com/mrvicfer/status/2075942843621814589