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Victor Ferry: Vous rependrez un bien un peu de censure ?...

Vous rependrez un bien un peu de censure ? Le Sénat vient de poser la première pierre d'un outil qui mérite qu'on s'y arrête sérieusement, bien au delà d'un simple rapport parlementaire de plus. Trois sénateurs, Agnès Evren, Laurent Lafon et Sylvie Robert, ont présenté le 9 juillet leur rapport intitulé Les zones grises de l'information, fruit de cinq mois de travaux dotés des prérogatives d'une commission d'enquête. Cinquante six recommandations. Une proposition de loi annoncée pour la rentrée. Et au sommet de la liste, la création d'un Observatoire de la désinformation interne. Comprenons bien ce qui est proposé. La France dispose déjà de Viginum, un service chargé de repérer les manipulations numériques venues de l'étranger. Ce nouvel outil ferait exactement la même chose, mais tourné vers l'intérieur, vers les citoyens français eux mêmes. Sa mission, décrite sans détour dans le rapport, consisterait à inciter les plateformes à modifier leurs algorithmes ou à invisibiliser un utilisateur fautif en cas de menace grave pour la qualité de l'information à l'approche des élections. Arrêtons nous sur ce mot, invisibiliser. On ne parle pas de contre argumentation, de débat contradictoire, de droit de réponse ou de correction publique d'une erreur factuelle. On parle de la capacité, pour un organisme non élu, alimenté par des associations et des chercheurs, de pousser une plateforme privée à faire disparaître la portée d'un citoyen jugé problématique. Sans procès. Sans juge. Sans possibilité de se défendre devant une instance indépendante. Sur simple appréciation d'un observatoire dont la définition même de la menace reste, par nature, éminemment politique et subjective. Le président de la commission, Laurent Lafon, l'assume sans détour, ce risque d'ingérence intérieure ne viendrait pas seulement d'organisations obscures, mais potentiellement d'une personnalité ou d'un parti politique jugé manipulateur. Traduisons, un citoyen ordinaire, dès lors qu'il devient suivi et influent sur les réseaux sociaux, peut désormais être considéré comme une source de risque démocratique au même titre qu'une puissance étrangère hostile. La frontière entre défendre une opinion qui dérange et menacer la démocratie devient, du jour au lendemain, une question d'appréciation administrative. Le calendrier de cette initiative n'a rien d'un hasard. Ce rapport arrive quelques mois avant la campagne présidentielle de 2027, avec une loi promise pour septembre. On a déjà vu, dans d'autres dossiers, cette même tentation des institutions françaises et européennes de reprendre en main un espace numérique qui leur échappe, qu'il s'agisse des poursuites tous azimuts contre X, du projet britannique de forcer la visibilité des médias traditionnels sur YouTube, ou des tentatives d'encadrement algorithmique européen. Chaque fois, le vocabulaire est similaire, protection de la démocratie, lutte contre la désinformation, préservation de la qualité de l'information. Chaque fois, l'effet recherché est le même, réduire la portée de ceux qui, en dehors des canaux médiatiques traditionnels largement subventionnés, réussissent à toucher un public de plus en plus large. On ne construit jamais un outil de censure en l'appelant ainsi. On construit un observatoire, une mission d'information, un dispositif de vigilance démocratique. Les mots changent. Le résultat concret, lui, resterait le même, un mécanisme capable de rendre un citoyen moins visible sur simple décision administrative, précisément au moment où l'audience de ce citoyen commencerait à compter.
Victor Ferry: Vous rependrez un bien un peu de censure ?...
https://x.com/mrvicfer/status/2076661034983526499

Victor Ferry: Antoine Labruyère a 25 ans...

Antoine Labruyère a 25 ans. Sur LCP, il explique qu'il ne peut pas se permettre de partir en vacances, que le coût de la vie et ses contraintes budgétaires l'en empêchent, et qu'il s'était habitué, enfant, à ces départs estivaux grâce aux dispositifs sociaux dont bénéficiaient ses parents. Le témoignage est sincère, et il n'y a aucune raison de mettre en doute la détresse réelle qu'il exprime. C'est justement pour cela qu'il faut le prendre au sérieux, et pas seulement le compatir. Ce jeune homme vit aujourd'hui entièrement de la solidarité nationale. Son revenu, ses allocations, viennent de l'État. Et malgré ce filet censé le protéger, il ne s'en sort pas, ou si mal qu'il ne peut même plus s'offrir une semaine de repos. C'est là que se loge le vrai malentendu sur l'aide sociale en France. On croit qu'elle aide. En réalité, dans beaucoup de cas, elle maintient. Elle donne de quoi survivre, rarement de quoi vivre, et jamais de quoi progresser. Un chèque mensuel n'a jamais permis à personne de se projeter, de se former, d'accéder à un logement stable ou de reconstruire une trajectoire professionnelle. Il stabilise une situation de précarité, il ne la résout pas. Le paradoxe va plus loin. Ces dispositifs, aussi généreux soient ils sur le papier, rendent souvent plus difficile le retour à l'emploi qu'ils sont censés accompagner. Ils créent des seuils, des effets de bord, où reprendre un travail mal payé peut parfois faire perdre plus en aides qu'on ne gagne en salaire. Le résultat, des centaines de milliers de Français comme Antoine Labruyère, installés dans une gestion de crise permanente, sans issue visible. Et cette architecture sociale, aussi bien intentionnée soit elle à l'origine, pèse aussi sur ceux qui pourraient offrir ce travail. Chaque dispositif se finance par des charges, des cotisations, une fiscalité qui rend plus coûteux et plus risqué d'embaucher, de créer une entreprise, de générer de l'activité. On a construit un système qui, en voulant protéger les plus fragiles, finit par freiner la création même des emplois qui pourraient les en sortir durablement. Ce n'est la faute d'aucun individu pris isolément, ni d'Antoine Labruyère, ni des Français qui dépendent aujourd'hui de ces filets. C'est un drame structurel français, celui d'un modèle qui distribue beaucoup, protège mal, et empêche, sans le vouloir, la prospérité qui permettrait justement à des gens comme lui de retrouver un vrai chemin vers le travail, et vers des vacances qu'ils n'auraient plus besoin de demander à l'État.

Victor Ferry: Sarah Knafo vient de voter contre un texte européen...

Sarah Knafo vient de voter contre un texte européen qui pose la première pierre du projet Chat Control, ce dispositif qui permettrait aux autorités de scanner en masse les messages privés échangés sur WhatsApp, Telegram ou n'importe quelle messagerie, sans juge, sans mandat, sans contrôle préalable. Le prétexte avancé, la lutte contre la pédocriminalité, une cause qui ne souffre aucune contestation en soi, mais qui sert ici de cheval de Troie à une architecture de surveillance permanente de 450 millions d'Européens. La méthode mérite d'être regardée de près. Un texte quasiment identique avait déjà été rejeté il y a quelques mois, à une voix près. Plutôt que d'accepter ce refus démocratique, Bruxelles revient à la charge avec une version à peine modifiée, en misant sur l'épuisement des oppositions et sur la culpabilisation de quiconque s'y opposerait, accusé implicitement de préférer la vie privée à la protection des enfants. C'est un chantage moral classique, qui permet d'avancer une mesure liberticide sans jamais avoir à débattre de son efficacité réelle ni de ses dérives possibles. Le vrai problème dépasse largement ce seul texte. Vérification d'identité obligatoire pour mettre fin à l'anonymat en ligne, euro numérique capable de tracer et potentiellement de bloquer des transactions, scan systématique des messageries privées. Chaque brique est présentée séparément, avec sa propre justification vertueuse, ingérence étrangère, protection de l'enfance, valeurs européennes. Mises bout à bout, elles dessinent un système où la vie privée devient l'exception et la surveillance la norme. Un vote contre ce texte n'est pas un vote contre la protection des enfants. C'est un refus de laisser une bonne cause servir de prétexte à la construction, brique par brique, d'une architecture de contrôle qui ne disparaîtra jamais une fois installée.

Victor Ferry: Les États vont-il changer YouTube en organe de propagande...

Les États vont-il changer YouTube en organe de propagande ? J'ai vu cette info partagée par Damien Rieu, j'ai creusé et oui, on nous prépare quelque chose qui craint. Le Royaume Uni vient de dévoiler un projet qui illustre un réflexe devenu commun chez les États face à la perte de contrôle sur l'information. Le gouvernement propose d'imposer aux plateformes comme YouTube, TikTok et Meta un régime de priorité obligatoire pour les contenus de la BBC, d'ITV, de Channel 4 et de Channel 5, sous couvert de lutte contre la désinformation. Concrètement, cela signifie forcer l'algorithme à pousser artificiellement ces quatre chaînes traditionnelles tout en haut des recommandations, peu importe ce que les spectateurs recherchent ou préfèrent réellement regarder. YouTube l'a résumé sans détour à ses créateurs, ce mécanisme pousserait leur contenu vers le bas, indépendamment de ce que le public veut vraiment voir. Un espace d'attention qui est par nature limité, et que quatre institutions publiques viendraient s'accaparer par décret plutôt que par mérite. L'argument avancé est toujours le même partout, protéger le public de la désinformation, renforcer la confiance dans les institutions. Sauf que la confiance dans les médias britanniques traditionnels est justement tombée à son plus bas niveau historique, autour de 30 pourcent selon les études les plus récentes, en baisse de vingt points en dix ans. La réponse d'un État face à ce désamour n'est jamais de se demander pourquoi le public se détourne de ces médias. C'est de forcer artificiellement leur visibilité, en écrasant au passage tous les créateurs indépendants, les journalistes numériques et les petites structures qui avaient enfin trouvé un espace pour exister sans dépendre du bon vouloir d'une chaîne publique. Ce projet britannique n'est jamais qu'une version de plus d'un phénomène qu'on observe partout en Europe, y compris en France avec le débat sur l'audiovisuel public et les tensions autour de X. Quand un système médiatique subventionné perd la confiance du public au profit d'un écosystème plus libre et plus horizontal, la tentation de l'État n'est presque jamais de se réformer. C'est de truquer la balance pour que le public continue de voir ce qu'on veut qu'il voie, plutôt que ce qu'il choisit lui même de regarder.