Joan Larroumec: Initialement tout le monde...
Initialement tout le monde s’est emballé sur le fait qu’il manquait 52 % de cotisations pour financer la retraite des fonctionnaires. (Et que le reste était équilibré par des surcotisations ad hoc camouflant le vrai déficit.)
Nombreux sont ceux qui se sont dit « hahaha le problème des retraites ne concerne que les fonctionnaires ! »
Il a fallu corriger cette erreur d’appréciation, en montrant que si le régime public était déficitaire de 50 milliards, celui du privé l’était de 77 milliards.
Maintenant la nouvelle réaction est « hahaha peut-être que le régime privé est aussi déficitaire, mais seulement de 25 %, alors que le public l’est deux fois plus en proportion. C’est bien la faute des fonctionnaires qui se gavent ! »
Navré, mais il faut encore une fois corriger cette idée reçue. L’essentiel des 27 points d’écart n’a aucun rapport avec des avantages.
17 points sont de purs effets statistiques : le ratio actif/retraité dans le public est très mauvais parce qu’il y a beaucoup de retraités La Poste et France Télécom alors qu’il n’y a plus d’actifs en face à cause des privatisations, que la FP a de plus en plus recours à des contractuels et donc à des gens qui cotisent pour le privé, que l’invalidité est payée par la Sécu pour le privé, donc n’apparaît pas dans son déficit, mais directement par l’État pour les fonctionnaires et apparaît dans le déficit, etc. etc.
Restent 10 points.
6 points sont des avantages anciens, qui n’existent plus, comme le fait pour les mères de 3 enfants de prendre leur retraite au bout de 15 ans de cotisations (supprimé en 2010). Aujourd’hui le système de calcul sur les 6 derniers mois avec le gel du point d’indice n’apporte plus d’avantage (rapport DREES) et hors métiers actifs (voir point suivant), l’âge de départ à la retraite est similaire entre public et privé.
Subsistent 4 points liés à des avantages de départ anticipé et de bonification de cotisations, mais circonscrits pour l’essentiel à des métiers qui n’existent pas dans le privé : sapeur-pompier, militaire, policier, gardien de prison, etc.
On peut très bien considérer que ces avantages ne se justifient pas, mais in fine, cela signifie que seuls 4 points d’écart entre les déficits des régimes privés et publics tiennent à des avantages encore en vigueur.
Et quand on dit « il faut aligner le régime public sur le privé », ça veut essentiellement dire empêcher les militaires et les policiers de partir à la retraite plus tôt. Ça ne me paraît pas être une bonne idée, mais de toutes façons ce n’est pas ça qui comblera 137 milliards.
Le problème c’est tout le système. Ce serait beaucoup plus facile si le problème était aussi circonscrit.
La réalité est simplement que nous n’avons pas assez adapté notre système de retraite à notre démographie depuis 25 ans, et qu’en conséquence, nous avons un trou immense de 137 milliards que l’on comble en ponctionnant discrètement à droite à gauche et qui petit à petit grippe tout le système et crée des pénuries un peu partout.
https://x.com/larroumecj/status/2110621129744187588