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Joan Larroumec @larroumecj
Nous sommes à la conjonction des deux phénomènes civilisationnels distincts qui mènent à la révolution:
Le premier : dans une société démocratique, comme le notait Tocqueville, toute inégalité devient vite insupportable car il n’y a plus que deux moyens d’expliquer que certains réussissent mieux que soi-même : la corruption du système ou le mérite.
Et psychologiquement, sans surprise, on a plutôt tendance à penser que ceux qui réussissent mieux que nous bénéficient d’un système corrompu sont plutôt qu’ils soient plus méritants.
La démocratie est donc un régime qui crée structurellement des armées de mécontents, sauf quand il y a une forte croissance économique.
Car alors on peut prendre son mal en patience en se disant raisonnablement que dans quelques années, on sera soi-même au même niveau que ceux que l’on envie.
Cela fait 15 ans qu’il n’y a plus de croissance en France.
Les jeunes générations ne croient pas que leur situation rattrapera naturellement celle des plus privilégiés.
En conséquence de quoi, elles n’ont plus grand intérêt à maintenir le système en vie. D’autant plus que n’ayant souvent pas d’enfants et n’étant pas propriétaires, elles ne sont soumise à aucunes des forces conservatrices traditionnelles.
Le deuxième : comme le notait Schumpeter, le capitalisme faisant exploser la productivité industrielle et agricole, il réduit à la portion congrue le nombre de métiers manuels. La société se met donc à produire des cohortes gigantesques de personnes formées aux métiers intellectuels, alors même que l’économie n’a pas besoin d’autant de personnes dans ces secteurs. On a beau démultiplier les bullshit jobs, on produit néanmoins un grand nombre d’individus éduqués et inemployables. (Ils considérèrent que les emplois manuels ne sont pas assez dignes.)
Ces cohortes sont structurellement révolutionnaires puisqu’elles se vivent comme un élite éclairée en opposition au système existant.
La France est une des économies les plus tertiarisees du monde et avec un des plus hauts pourcentages d’individus faisant des études supérieures.
Elle n’a plus de croissance depuis 15 ans.
Kaboum, donc ?
Pas encore, car il existe cependant une composante de la société qui a un intérêt absolu à maintenir le système tel quel : les retraités.
Et ils représentent un tiers de l’électorat.
Leur rôle est ambivalent : ils empêchent la révolution destructrice tout comme toute réforme à même de viabiliser le système.
Voici donc une des tâches clé du politique aujourd’hui : relancer la croissance économique et rediriger les richesses vers les actifs en réussissant à la fois à contourner les blocages des retraités et à contenir les pulsions révolutionnaires de la jeunesse.
Ce n’est qu’un des nombreux chantiers urgents de la France, en cette période de crises multiples.
Mais avec la crise financière qui approche, c’est la fin de l’amortisseur de l’endettement. La question fondamentale d’au service de qui et de quoi est la machine économique française ne pourra plus longtemps rester sans réponse satisfaisante.
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